Constanza Sabogal : témoignage d’une hortithérapeute en Argentine

J’ai fait la connaissance virtuelle de Constanza Sabogal sur LinkedIn où nous avons de nombreuses connections communes sur plusieurs continents. Il me semble que c’est à l’occasion du International Therapeutic Horticulture Day en mai que j’ai eu envie d’en savoir plus sur sa pratique en Argentine. Parce que nous n’avons pas une langue commune dans laquelle nous nous sentons assez sûres pour communiquer oralement, nous avons conduit cet échange par écrit ces dernières semaines. Merci, Constanza.

Constanza Sabogal

Comment as-tu commencé à t’intéresser aux bienfaits du jardinage sur la santé mentale ?

Je pense que l’intention a toujours été de collaborer à l’amélioration de la qualité de vie des personnes qui traversent des difficultés majeures. J’ai d’abord commencé avec des groupes de personnes âgées, mais mon intérêt pour l’accompagnement des personnes souffrant de handicaps intellectuels ou physiques m’a amenée à me concentrer sur elles, et surtout à collaborer à la récupération d’espaces parfois inutilisés ou stériles, en les transformant en de véritables jardins et vergers pleins de vie.

Quelle est ton expérience professionnelle et ta formation en hortithérapie ?

J’ai suivi une formation d’hortithérapeute à l’Asociación Argentina de Terapia Hortícola et j’ai étudié et enrichi mes connaissances dans le cadre de différents cours jusqu’à aujourd’hui. Je travaille depuis plus de 8 ans à l’élaboration de programmes de jardins potagers et de jardins avec une vision holistique et une intention thérapeutique, en créant des espaces de contact avec la nature où chacun trouve un lieu sûr, inclusif et diversifié, où l’on peut collaborer au rétablissement de l’individu ou du groupe social en vue d’améliorer sa qualité de vie.

Peux-tu décrire les projets auxquels tu participes actuellement ?

Je développe actuellement un programme d’intégration pour les personnes handicapées, que j’ai proposé à la municipalité de San Isidro, située au nord de la capitale Buenos Aires, en Argentine. Je développe un jardin potager où les personnes souffrant de déficiences intellectuelles et de problèmes de santé mentale trouvent un espace où elles peuvent réaliser différentes activités horticoles et de jardinage. L’échange est immensément riche et profitable pour nous tous qui vivons ces moments, dans lesquels nous sommes également touchés par nos propres transformations.

Les personnes qui viennent peuvent collaborer en tant que bénévoles ou travailler et recevoir un revenu pour leur travail. L’espace intègre également des bénévoles de différents âges, des personnes âgées, des voisins de la communauté, des étudiants, tous ceux qui veulent donner de leur temps pour la croissance de l’espace. C’est ainsi que le lieu, le jardin potager, coexiste avec la diversité, recréant en quelque sorte la coexistence qui existe dans la nature. Il y a actuellement deux jardins potagers dans deux localités de la municipalité.

Et est-ce que tu as des projets antérieurs dont tu aimerais nous parler ?

Oui, il y a eu une expérience qui m’a amenée à aller plus loin et à trouver plus d’outils pour que les participants puissent avoir un plus grand contact avec la nature et en percevoir les bénéfices. À la Casa Angelman, un centre de référence pour les pays hispanophones qui répond aux défis auxquels sont confrontés les enfants atteints du Syndrome d’Angelman (*) et de diagnostics similaires, j’ai dirigé pendant 4 ans un atelier où des pratiques spécifiques étaient utilisées pour aider à la compréhension de certaines connaissances et collaborer avec les expériences qui se produisent dans un espace naturel en plein air. Ce fut une expérience merveilleuse et le travail, à la fois le processus et les résultats finaux, ont été précieux et des changements positifs ont pu être observés chez les enfants.

Que peux-tu nous dire sur l’état de l’hortithérapie en Argentine ?

Bien que le sujet ne soit pas complètement inconnu dans le pays, les bénéfices au niveau individuel et collectif qu’il promeut dans l’environnement urbain ne sont pas suffisamment valorisés, ce qui rend difficile de comprendre comment inclure cette perspective, en particulier dans la mise en œuvre de la destination des programmes.

Tu étais récemment en Espagne. Est-ce que tu as constaté des différences ou des similitudes avec ce que se passe en Argentine dans le monde de l’hortithérapie ?

La vérité est que ce voyage était entièrement consacré au plaisir et au repos. Mais je suis en contact permanent avec des thérapeutes de différents pays, d’Espagne, du Royaume-Uni, du Pérou, du Chili, etc. et nous nous retrouvons dans ce que nous vivons et je dirais que dans toutes nos expériences, bien qu’elles n’aient pas été exemptes de certains obstacles, les résultats ont toujours été positifs, ce qui révèle les avantages de la thérapie horticole dans tous les domaines.

Vous pouvez suivre Constanza sur LinkedIn et sur son site Jardines que curan

* Le Syndrome d’Angelman est une maladie génétique. Il entraîne un retard de développement, des problèmes d’élocution et d’équilibre, ainsi qu’une déficience intellectuelle.

Pour conclure, une note franco-française sur la première promotion du DU Santé et Jardins de l’Université de Saint-Etienne. La Fédération Française Jardins Nature et Santé publie en intégralité les huit mémoires qui ont reçu les félicitations du jury. A portée de clic. Bravo à toute la promotion et aux organisateurs.

Formation : les trois premiers jardiniers médiateurs et le premier DU

En prologue, une annonce. 

Demain, mardi 5 octobre, se tiendra en ligne une table ronde organisée par Jardins & Santé : « Un jardin à visée thérapeutique pour toutes les générations et pour tous les publics ». C’est de 19h à 20h30. J’animerai cette table ronde avec quatre invités :

  • Stéphanie Personne, conceptrice du Jardin des Possibles à l’Abbaye de Maubuisson (Val d’Oise)
  • Viviane Cronier, animatrice aux Jardins de l’Espérance à la Ciotat (Bouches du Rhône)
  • Bernard Pical, directeur du Parc des Camélias à Alès (Gard)
  • Pomme Jouffroy, médecin chef de service, initiatrice du jardin potager de l’Hôpital Saint-Joseph (Paris)

Inscrivez-vous ici 

Mélanie, Thomas et Stéphane : les pionniers des jardiniers médiateurs

Et maintenant, je vous invite à rencontrer Mélanie, Thomas et Stéphane, les trois premiers diplômés de la formation Jardinier Médiateur, une Spécialité d’Initiative Locale (SIL) du CDFAA de la Corrèze Brive-Voutezac. Ou comme elle est connue de tous, la formation créée par Emmanuel Coulombs, un enseignant passionné qui a soulevé des montagnes pour former des jardiniers avec une fibre sociale et thérapeutique.

Les stagiaires chez Gilles Clément

Mélanie : « J’ai envie de monter un tiers lieu autour du jardin »

Mélanie Grenaille est arrivée dans le groupe avec un parcours très riche dans le monde culturel et social. Après une licence en histoire de l’art, elle rencontre le public malentendant en travaillant dans une association de théâtre. Une licence professionnelle de médiatrice culturelle lui apprend les rouages du montage de projet et de la recherche de financements pour des projets aux frontières de la culture et de la santé. En 2016, elle obtient également le CAFERUIS (Certificat d’Aptitudes aux Fonctions d’Encadrement et de Responsable d’Unité d’Intervention Sociale), sésame pour gérer des structures médico-sociales.

La vie aussi est riche d’enseignements : une proche touchée par un cancer, un passage professionnel difficile lui donnent envie d’autre chose. C’est sur un Forum de l’Emploi qu’elle rencontre ce qu’elle cherchait en croisant Emmanuel Coulombs. « Ce qui me fait du bien à moi peut faire du bien à l’autre. Pour moi, c’est la nature, le jardin, observer les évolutions. Je suis petite fille de paysan, j’ai grandi à la campagne », raconte Mélanie. « Pour la formation, j’ai fait un contrat en alternance avec les Jardins de Colette, un parc floral dédié à l’écrivaine, près de chez moi en Corrèze. Mon projet a consisté à faire un diagnostic pour faire d’un endroit aujourd’hui peu utilisé un jardin de soin pour des femmes en oncologie. »

Quelques mois après la fin de la formation, que retient-elle de cette expérience ? « Je prends les formations comme des opportunités. La méthodologie de projet, je l’ai déjà. Avec cette formation, je suis entrée en contact avec des réseaux que je ne connaissais pas. Nous avions tous des attentes différentes et nous avons pioché des connaissances différentes. »

« Ma grossesse a modifié le curseur de mes ambitions ! J’ai toujours envie de monter un tiers lieu autour du jardin en incorporant tout ce que j’ai fait avant : l’insertion professionnelle, mes premiers amours avec la culture, l’écriture, des ateliers pour sortir des personnes du cadre médical. Aujourd’hui, cela me semble un peu vertigineux. » Pour l’instant, elle aimerait s’impliquer dans les Jardins du Cœur, un jardin d’insertion des Restos du Cœur.

Mélanie en action

Thomas : « Nous avons échangé avec beaucoup de belles personnes »

Thomas Boisseau et la discipline scolaire, ça fait deux. Il lui faut du sens. « Après un Bac Pro de géographe-géomètre, j’ai commencé un BTS dans ce domaine, puis j’ai travaillé à la SPA. J’ai eu envie de faire un BTS Aménagements Paysagers, mais je n’étais pas d’accord avec l’ensemble des profs qui disaient en gros « On fait comme ça parce qu’on a toujours fait comme ça ». Pour moi, une bâche plastique, des cailloux et trois plantes qui se battent en duel, ce n’est pas ça, un jardin. On fait beaucoup de mal, on empêche le vivant de s’installer. » Pour lui qui a grandi à la campagne et affectionne les balades en forêt, notre appartenance à la nature est une évidence.

Sur son chemin, il rencontre aussi des profs qui le passionnent. L’un d’eux l’introduit à Claude Bourguignon, agronome et grand spécialiste des sols. Un autre, « une personne géniale, un prof à l’affut », l’ouvre à l’idée de mêler nature et humain. « Toi, je te verrai bien jardinier médiateur », lui lance-t-il. L’idée parle à Thomas. « J’ai toujours eu un bon contact avec les gens, les enfants, les personnes âgées, des personnes en situation de handicap. Si on peut échanger, on peut apporter quelque chose. »

Il se lance dans la formation. Il prend comme lieu de stage le Relais Nature de la Moulinette près de La Rochelle où il vit depuis plusieurs années. Cette structure d’accueil propose une éducation à l’environnement et à l’écologie pour les enfants de la ville, mais aussi pour des personnes âgées et des promeneurs. Thomas y propose notamment des ateliers pour les classes en collaboration avec l’enseignant. De la formation, il retient les rencontres et les échanges. « On a beaucoup bougé dans toute la France. Nous avons échangé avec beaucoup de belles personnes, pas prétentieuses malgré toutes leurs connaissances. »

Depuis la fin de la formation, il n’a pas chômé et les propositions se bousculent. Il a travaillé un temps avec les Jardins du Cœur, avec la mission d’ouvrir vers l’extérieur un groupe d’une vingtaine de personnes en insertion avec des parcours très variés dans le maraichage. Actuellement, il a rejoint Adhoma, une société de services à la personne, pour proposer de l’éco-jardinage. « On veut utiliser mes compétences. Cette formation fait que je suis très demandé. »

Pendant la formation, un atelier au Jardin de la Passerelle avec l’association Hortiphonie

Stéphane : « Le jardin est un prétexte pour briser les inégalités » 

Après un BTS Aménagements Paysagers et une licence Géographie et Environnement obtenus au début des années 2000, Stéphane Locoche avait déjà une solide expérience en tant que jardinier au sein de la ville d’Albi avant de commencer la formation. Sans compter une expérience pendant deux ans à Québec. A son retour en France, il se rend compte que le service des parcs et jardins d’Albi a pris à bras le corps l’auto suffisance alimentaire et l’agriculture urbaine. Du coup, il exerce depuis début 2020 la fonction de jardinier médiateur. Sa mission est de faire le lien entre les projets qui se développent dans les quartiers – jardins partagés et jardins familiaux très demandés – et les élus.

« Ce qui m’a attiré dans la formation, c’est l’aspect social. Le jardin est un prétexte pour briser les inégalités et travailler sur le bien-être de tous, pour aller à la rencontre des habitants, dont certains ont des parcours difficiles ou des troubles du comportement », explique Stéphane. « La technique, je l’ai après 20 ans d’expérience. Mais pour le lien social, je me sentais moins légitime, moins en confiance. J’avais cette fibre sociale. J’avais besoin d’apprendre à me positionner, à aborder les personnes. »

Quels souvenirs garde-t-il de la formation ? Comme Thomas, il a été enchanté par les rencontres. « Nous avons passé dix jours à Chaumont-sur-Loire, Marion Mousset m’a beaucoup apporté. » Et puis il y a Emmanuel Coulombs ! « Manu est riche de pleins de valeurs, d’humanité et d’énergie. Il nous a transmis beaucoup. » De retour à Albi, Stéphane applique ces enseignements dans ses projets dans cette ville et ce service dynamiques. « J’anime des ateliers dans des jardins avec des habitants qui ont signé une charte du jardin et s’engagent à une certaine régularité. En arrivant toutes les semaines, on boit le café en se racontant les soucis et les joies. Puis on se lance dans le travail d’entretien, de plantation, de récolte, d’arrosage….Dans un quartier, j’interviens avec l’association Les mains sur terre. Dans un autre quartier, nous avons fait un jardin éphémère dans le cadre d’une rénovation et maintenant nous préparons le nouveau jardin. Nous avons un noyau dur de jardiniers. »

Trois stagiaires, trois parcours, trois trajectoires. Il ne fait aucun doute que cette formation les a marqués tous les trois. « La prochaine promo doit démarrer le 3 janvier », confirme Emmanuel Coulombs. « Il y a déjà pas mal de candidats, en fait presqu’uniquement des candidates ». Pour tout renseignement sur la formation de jardinier médiateur, contactez Emmanuel Coulombs : emmanuel.coulombs (at) educagri.fr ou 06 13 29 26 03. Voici la présentation du programme.

Stagiaires emmitouflés

DU Santé et Jardins

Quand je vous disais en mars 2021 que c’était l’année de la formation ! Jamais deux sans trois. Voici une nouvelle formation qui vient couronner cette année exceptionnelle.

Un DU tant attendu…Je me souviens en octobre 2012, à Chaumont-sur-Loire, entendre parler pour la première fois de cet espoir de créer un DU. Presque 10 ans plus tard, on y est.

Dans les mots de ces créateurs : « Réintroduire les espaces végétalisés dans les lieux de soin est aujourd’hui une démarche de santé publique reconnue au niveau international. Inspirés des effets documentés du végétal sur la santé, conçus et aménagés selon des critères fondés sur les preuves, les jardins de soin régulent le niveau de stress et le niveau d’attention. Ils développent les capacités cognitives et la relation sociale. Ils prennent soin des soignés aussi bien que des soignants. Véritables lieux de ressourcement, ils sont un levier de promotion de la santé au travail. Ils représentent une clé du management dans le champ du sanitaire et du médico-social au service de la performance du soin. Ils contribuent à la structuration de nouveaux parcours de soin.

On peut aussi noter que les politiques publiques prennent le tournant de l’écologie et s’inscrivent dans une démarche environnementale globale à l’échelle nationale. Elles invitent les établissements de santé à être acteurs dans ce domaine.

Ce nouveau diplôme universitaire est porté par le Jardin des Mélisses, l’association DanaeCare qui coordonne le Réseau Loire des Jardins de Santé – Délégation locale (42) de la Fédération Française Jardins, Nature et Santé ( FFJNS ) et l’association Poisson Mécanique et en partenariat avec le Centre Référent de Réhabilitation Psychosociale ( piloté par le Groupement de Coopération Social et Médico-Social Rehacoor42 ) »

Pour tout renseignement et inscription (date butoir : 15 novembre 2021 pour une formation de janvier à juin 2022), voir la page de l’Université de Saint-Etienne