Des arbres et des hommes

 

Le bonheur est dans le jardin, mais aussi dans la forêt. Ce blog a déjà fait des détours par la forêt, notamment début 2018 quand on a vu paraître en France plusieurs livres sur les bains de forêt, puis un an plus tard quand j’ai cédé moi-même à la tentation en écrivant un livre sur ce sujet pour les familles. Depuis quelques mois, j’ai de nouveau l’impression que les arbres sont partout. Alors parlons-en de nouveau.

Ergothérapie, hortithérapie et oncologie

Mais tout d’abord, je vous signale ce travail de six étudiants en ergothérapie qui ont planché sur la mise en place d’une activité jardin à l’Oncopôle de Toulouse où existait déjà un jardin de bien-être depuis 2016. Vous pouvez lire leur rapport complet si le croisement de l’ergothérapie, de l’hortithérapie et de l’oncologie vous intéresse.

Voici une partie de leur conclusion : « D’après les données recueillies, le jardin thérapeutique est un environnement qui permet à l’usager de reconstruire une identité occupationnelle et de se réengager dans une participation occupationnelle grâce à des activités au sein du jardin, qu’elles soient individuelles ou en groupe. Nous avons également remarqué que le jardin peut être un espace de repos, de rencontre et de réunion avec la famille qui est tout autant important dans le processus de changement du patient. »

Témoignage d’un arboriste : « Je gère la relation entre les humains et les arbres en ville »

Ben Wooldridge est un membre de ma famille même si je ne l’ai pas vu depuis qu’il était ado. Ses parents avec qui j’ai passé une partie de l’été me parlait de son job : tree surgeon ou arboriste en français. Cela m’a intriguée. Après un coup de fil avec Ben cette semaine, j’en sais un peu plus.  « Après quelques années dans le paysagisme, j’ai eu envie de changer. Mon père et mon frère s’intéressaient aux arbres et c’est comme cela que j’ai commencé à me former. En Angleterre, nous avons un système de formation et de certification très avancé dans cette discipline. » Après avoir travaillé à Londres, le voilà depuis quelques mois à Cologne en Allemagne avant peut-être la Nouvelle Zélande qui le tente.

Alors quelle est la mission des arboristes? « Nous avons plusieurs missions : les réductions d’arbres car on ne peut pas les laisser grossir en ville et il faut les débarrasser de parties mortes, le renforcement pour empêcher des branches de tomber surtout en ville près des immeubles, les traitements contre les maladies en enlevant les nuisibles et l’abattage d’arbres morts. Chaque arbre est différent et chaque mission est différente. C’est pourquoi j’aime ce métier qui est aussi un métier dangereux. Il y a beaucoup d’adrénaline. » Ben explique qu’il y a deux types de réductions : des réductions radicales où on étête l’arbre qui parait nu et dépouillé pendant un an (c’est plus économique pour une ville) et des réductions plus soigneuses qui ne mettent pas l’arbre à nu, mais sont plus chronophages.

« Je suis d’accord qu’on devrait laisser les arbres tranquilles. Mais en ville, on veut des arbres et du vert et en même temps, il faut protéger les bâtiments et les gens. Il faut donc gérer la relation entre les humains et les arbres. Les arbres en ville vivent dans de mauvaises conditions : le sol est mauvais, l’air est pollué. En Angleterre, nous avons de la chance car les arbres sont protégés. Avant de toucher à un arbre, il faut demander la permission. A Swansea au Pays de Galles, un promoteur vient d’être condamné pour avoir illégalement coupé des dizaines d’arbres dont un redwood de 200 ans, » explique Ben qui est sensible aux cerisiers en fleur et aux sycomores. « Il faut respecter l’arbre. »

 

Un guide de forêt sur le chemin de la formation

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Cette semaine, j’ai aussi discuté avec Christopher Le Coq. Ce Franco-Américain est en train de se former aux bains de forêt pour guider des groupes en région parisienne. Après une formation en Belgique avec Bernadette Rey, spécialiste canadienne du sujet, il s’apprêtait à s’envoler pour le Japon où il a notamment rendez-vous avec le Dr. Qing Li. Autant dire un parcours de formation très sérieux pour faire évoluer une pratique qu’il a commencée par intérêt personnel dans la forêt de Fontainebleau en s’installant en France. Devant les bienfaits que ressentaient les participants à ses groupes, il a voulu aller plus loin. Déjà ses cours en Belgique lui ont donné des idées pour modifier les parcours proposés. On reparlera sûrement de lui  bientôt. Il nous apprend aussi l’existence de l’association francophone de shinrin-yoku.

Nous les Arbres

UNADJUSTEDNONRAW_thumb_1ad7aL’expo Nous les Arbres a investi la Fondation Cartier pour l’art contemporain boulevard Raspail à Paris jusqu’au 5 janvier 2020. Cela vous laisse du temps, mais ne tardez pas trop. Laissons aux commissaires de l’exposition le soin de nous la présenter. « Nous les Arbres réunit les témoignages, artistiques ou scientifiques, de ceux qui portent sur le monde végétal un regard émerveillé et qui nous révèlent que, selon la formule du philosophe Emanuele Coccia, « il n’y a rien de purement humain, il y a du végétal dans tout ce qui est humain, il y a de l’arbre à l’origine de toute expérience ». »

Voici quelques parties de l’expo qui m’ont plus particulièrement touchée lors de ma visite cet été. Le botaniste Stefano Mancuso, pionnier de la neuro-biologie végétale, explique que les plantes sont intelligentes car elles savent résoudre des problèmes dans leur environnement. Avec Thijs Biersteker, il a imaginé une installation qui « donne la parole » aux arbres grâce à une série de capteurs : leur réaction à l’environnement ou à la pollution, le phénomène de la photosynthèse, la communication racinaire ou l’idée d’une mémoire végétale sont rendus visibles

Le botaniste Francis Hallé partage ses carnets qui « conjuguent l’émerveillement du dessinateur face aux arbres et la précision de l’intime connaissance du végétal ».

Un film de Raymond Depardon et Claudine Nougaret montre les relations fortes entre les humains et les arbres. Ces portraits de platanes ou de chênes sont aussi les portraits de ceux et celles qui les côtoient tous les jours.

Plus loin de nous géographiquement, des artistes de communautés indigènes comme les Nivaklé et Guaranídu Gran Chaco au Paraguay et des Indiens Yanomami d’Amazonie apportent leur vision des arbres et de la forêt.

 

A.R.B.R.E.S. et les arbres remarquables

Depuis 1994, l’association A.R.B.R.E.S. (Arbres Remarquables: Bilan, Recherche, Études et Sauvegarde) milite pour la reconnaissance des arbres remarquables. Remarquables par leur âge, leur taille, leur valeur historique ou esthétique. Sorties de terrain, création du label arbres remarquables (une carte interactive vous permet de les identifier), encouragement aux recherches, l’association est très active sous la direction de son président, Georges Feterman, professeur agrégé de sciences naturelles et auteur de nombreux ouvrages sur les arbres et les végétaux. Il a également réalisé un film projeté dans de nombreuses salles en France depuis le printemps.

J’avais l’intention d’interviewer un « tree surgeon », un arboriste grimpeur. Mais on n’a pas pu se parler à temps…Je suis curieuse de leur rapport particulier aux arbres, surtout aux arbres des villes. Si cet échange a lieu un jour, il se retrouvera aussitôt ici. Et vous, quel est votre rapport aux arbres?

Une formation à Paris en juin + les bains de forêt à la mode

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Formation à l’ANFE (Martine Brulé, 3e en partant de la gauche)

 

Martine Brulé dont on suit les travaux depuis très longtemps (il suffit de taper son nom dans l’outil de recherche du blog en haut à droite), Martine donc animera une formation au siège de l’Association Nationale Française des Ergothérapeutes à Paris les 18, 19 et 20 juin 2018 comme elle le fait régulièrement depuis plusieurs années. En écho au dernier billet sur la formation (article sur les formations aux jardins de soin) et à la remarque de quelqu’un qui disait récemment qu’il n’y avait pas de formation à l’hortithérapie en France, voici un démenti. Certes, on ne peut pas encore être diplômé en hortithérapie dans ce pays, mais on peut s’y former.

Pour revenir à la formation proposée par Martine, le thème est « Elaboration d’un projet de jardin de soutien thérapeutique et sensibilisation à l’hortithérapie – Bases théoriques et pratiques pour un aménagement adapté ». Pas besoin d’être ergothérapeute pour s’inscrire au cas où vous poseriez la question. Pour s’inscrire, direction le site de l’ANFE ou par email à sfc.secretariat@anfe.fr.

 

Et pendant ce temps dans la forêt…

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Alex Gesse, un guide formé par l’Association of Nature and Forest Therapy, avec un groupe en forêt.

 

Des enfants moins stressés en Californie. Dans la région de San Francisco, des pédiatres qui prescrivent des promenades dans des parcs naturels et des enfants qui sont moins stressés. C’est une étude du Center for Nature and Health de l’Université de Californie San Francisco (UCSF) qui le dit. On traverse le Pacifique pour découvrir le Shinrin Yoku…

Des bains de forêts importés du Japon. Ce qui nous amène directement à la publication de « Shinrin Yoku, L’art et la science du bain de forêt » par le professeur japonais Qing Li chez First il y a quelques semaines. Ce médecin immunologiste de l’Université de Médecine de Tokyo a fondé la société japonaise de sylvothérapie et dirige des recherches sur le sujet depuis plus de 10 ans. Parmi les effets qu’il constate : la réduction de la pression artérielle, la réduction du stress (encore lui), l’amélioration de la santé cardiovasculaire et métabolique, la baisse du taux de glycémie, l’amélioration de la concentration et de la mémoire, l’augmentation des seuils de douleur, l’augmentation de l’énergie et le renforcement du système immunitaire. Avec des techniques très simples qui s’appuient sur les sens. Regarder la verdure et les sols, écouter les oiseaux et le vent, sentir les essences, toucher le tronc d’un arbre ou marcher pieds nus et goûter un thé d’écorce ou simplement l’air frais. Même si, au Japon, on a élaboré le bain de forêt avec des sentiers thérapeutiques particulièrement propices, les bienfaits de la forêt sont à la portée de tous.

La sortie de ce livre permet de signaler deux autres livres en français sur le même sujet. « Sylvothérapie : le pouvoir bienfaisant des arbres – Retrouver son énergie et se ressourcer » de Jean-Marie Defossez chez Jouvence sorti en janvier de cette année. Ainsi que « Un bain de forêt : le Shinrin Yoku à la française – Découvrir le pouvoir de la sylvothérapie », d’Eric Brisbare chez Marabout tout juste paru. Décidemment, les éditeurs ont flairé un filon…

En France toujours, Frédérique Dumas que nous avons déjà rencontrée sur ce blog propose depuis 2015 des journées « bains de forêt » et des séjours de forêt-thérapie, chez elle en Ardèche et également au Japon en Novembre (voici le programme). Elle propose également une formation. « Ca commence à bouger… et il y a de beaux résultats. Les gens sont enthousiastes ! », dit-elle.

Une association dédiée à la thérapie par la nature et la forêt. Où on découvre qu’il existe une Association of Nature and Forest Therapy Guides and Programs (ANFT) qui forme des guides et cherche à intégrer les thérapies par la nature et la forêt dans l’enseignement et la santé. Son représentant en Europe est Alex Gesse qui est basé en Espagne. Apparemment l’ANFT a formé une « cohorte » de guides en France en 2017, mais on ne trouve qu’un guide formé en France sur la carte de l’association. Un nombre amené à progresser sans aucun doute.

De la forêt au lit d’hôpital. Sur le site de l’ANFT encore, on trouve un témoignage intéressant qui fait le lien entre la recherche de Roger Ulrich en 1984 et une expérience vécue par l’auteure. Une photo de nature dans une chambre d’hôpital peut contribuer à donner de l’énergie et à réduire le stress (et oui , encore lui). Ce que cette étude hollandaise a montré en 2012.

Bouclons la boucle avec Roger Ulrich. Le fameux auteur de l’étude la plus souvent citée (View through a window may influence recovery from surgery, 1984) a publié une nouvelle étude en 2017 sur l’impact d’un jardin dans une maternité.

Le score est sans appel : Nature 3 – Stress 0.