Horticulture et handicap

Sandra Diehl est une thérapeute horticole dont le profil est fermement ancré dans l’horticulture. Paysagiste pendant 20 ans, elle a aussi été fleuriste et a géré une pépinière. Quand on lui propose de s’occuper d’un programme d’horticulture adaptée au Solano Community College (école universitaire de premier cycle) près de San Francisco, elle accepte immédiatement. Sa mission ? Concevoir un programme d’initiation à l’horticulture qui accueillera une trentaine d’étudiants porteurs de divers handicaps physiques, mentaux et comportementaux. Cette initiation débouche, pour certains, sur un travail en milieu protégé.

« Le défi est de penser les activités pour des étudiants qui ont une grande variété de handicaps », explique Sandra qui a suivi la formation en thérapie horticole du Horticulture Therapy Institute basé à Denver (par souci de transparence, sachez que j’ai aussi suivi cette formation). « Nous avons une zone du jardin, par exemple, avec des platebandes surélevées (raised beds) pour les étudiants à mobilité réduite ou en fauteuil. Nous adaptons les outils pour ceux qui n’ont pas de force dans les mains. J’ai créé des planches avec des trous à intervalles appropriés pour que les semis soient réguliers. » Il faut aussi prendre en considération que les étudiants travaillent à un rythme plus lent et ont besoin d’instructions très simples.

Au fil d’une année, les étudiants suivent cinq modules : introduction à l’horticulture, gestion d’une serre, gestion d’une pépinière, gestion d’un potager/verger et propagation. A 80%, le programme se déroule sur le terrain dans la pépinière, la serre, le verger et le jardin potager de l’école. Mais les étudiants doivent parfois suivre quelques cours en classe et Sandra a appris à s’adapter dans ce domaine aussi. « J’utilise des polices plus grosses, j’écris sur du papier jaune qui rend la lecture plus facile, je crée un classeur codé par couleurs pour les cinq modules. »

Une autre leçon qu’elle a apprise depuis 5 ans que le programme existe est qu’il lui faut de l’aide. L’école ayant un programme de formation pour les assistantes sociales, Sandra recrute des stagiaires qui viennent l’aider à encadrer ses étudiants. « Ces stagiaires n’ont pas forcément de connaissances en horticulture. J’ai créé une liste d’activités avec tout ce qui est nécessaire. Les stagiaires peuvent gérer les activités. » Son programme reçoit l’aide d’une dizaine de stagiaires chaque semestre et, parmi eux, trois ont développé un intérêt pour la thérapie horticole.

Depuis deux ans, Sandra a créé des relations avec des employeurs locaux, des jardineries et des paysagistes chez qui elle a réussi à placer certains étudiants dans des emplois protégés. Ne pouvant travailler indépendamment, ils ont besoin d’un « job coach » qui suit leur progrès. Mais la crise financière qui touche la Californie a rendu ces postes plus rares et l’insertion de ces travailleurs plus difficile.

D’ailleurs, le financement est le principal souci de Sandra. « Pour des raisons budgétaires, l’école va être fermée cet été. Mais je ne peux pas abandonner les plantes pendant tout l’été. Alors je vais venir et je vais organiser des bénévoles pour maintenir le site pendant trois mois…». Pour motiver ses étudiants tout en aidant la survie financière du programme, Sandra et son équipe organise tous les printemps une vente de plantes. La dernière a levé 6 500 dollars (5 100 euros) qui lui permettent d’acheter du matériel et de proposer des bourses aux étudiants désavantagés.

Une réflexion au sujet de « Horticulture et handicap »

  1. Ping : Financer un programme de thérapie horticole : imagination et débrouillardise | lebonheurestdanslejardin

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