Un weekend chez Rosa Bonheur et une vie anti-gaspi

Un billet d’été résolument égocentré dans lequel je vous raconte mon séjour chez Rosa Bonheur et la sortie – retardée par la Covid – de mon dernier livre chez Hatier.

Le bonheur est dans le jardin de Rosa Bonheur

Sauter dans un train pour échapper au train-train ! C’est l’aventure que nous avons vécue le weekend du 14 juillet. Comme beaucoup d’urbains éprouvés par des semaines de confinement et de mesures sanitaires, nous avions besoin d’un bol d’air frais, d’un cocon de nature, d’une immersion dans les bois. La solution fut de se lever samedi matin, de choisir une gare parisienne et de prendre le premier train en partance. Ce fut la Gare de Lyon et la ligne R en direction de Montargis, deux minutes avant le sifflet du départ.

A peine installés, nous nous sommes plongés dans notre guide des sorties en région parisienne sans voiture et nous avons eu une révélation. Thomery était une des destinations de notre train. Grâce à Servane H-M, j’ai pensé au Chasselas de Thomery et notre guide nous a parlé de « Thomery Bonheur », le lieu où la peintre animalière Rosa Bonheur a vécu pendant 40 ans et où elle est morte en 1899. Nous ne sommes pas insensibles aux peintures de Rosa depuis que nous l’avons découverte à l’occasion d’une exposition à Port-Royal des Champs en 2016. C’était décidé. Nous savions désormais où descendre.

Le marché aux chevaux dont la vente pour 40 000 francs a permis à Rosa Bonheur d’acheter sa propriété à Thomery

La marche dans les bois pour rejoindre le château de Rosa Bonheur depuis la petite gare de Thomery est un premier bonheur. Il fait frais dans le sous-bois, nous sommes seuls. Nous avons déjà trouvé ce que nous sommes venus chercher. A l’arrivée devant le portail du 12 rue Rosa Bonheur, nous allons de bonnes surprises en bonnes surprises. Notre guide, déjà vieux de 15 ans, ne nous avait pas préparés à la tornade Katherine Brault et filles. Elles se sont installées dans les lieux il y a trois ans avec passion, comme investies d’une mission de préservation et de redécouverte d’une artiste hors norme et du havre qu’elle s’était créé « loin » de Paris.

On découvre qu’on peut déjeuner d’une excellente salade composée dans le grand jardin avec vue sur un mur à chasselas de Thomery et sa verrière protectrice, sur le château bordé de rosiers Pierre de Ronsard et sur des bois mystérieux et bienveillants. On découvre que l’on peut visiter l’atelier de l’artiste et sa maison avec pour guide l’une des filles de Katherine Brault qui puise dans des tonnes de connaissances sorties des archives redécouvertes dans les greniers. On découvre qu’on peut y coucher – dans la chambre de Rosa Bonheur à deux pas de son atelier, plaisir dont on ne se privera pas. On découvre que ce soir-là, dans la cour du château, se joue L’Epreuve de Marivaux par la troupe dont fait partie une autre fille de la nouvelle propriétaire des lieux, troupe privée d’Avignon et heureuse de jouer en plein air devant un public finalement francilien. On découvre qu’on pourra diner, seuls dans le jardin, après le spectacle en posant toutes les questions qui affluent à la troisième fille de Katherine Brault.

Pour vous familiariser avec Rosa Bonheur, je vous renvoie au site de son château-muséeau livre de sa protégée et amie Anna Klumpke, à ce dossier de France Culture ou à cet article en anglais puisque c’est aux Etats-Unis et en Angleterre qu’elle devient une superstar de son vivant. Je retiens une femme libre et indépendante, originale et talentueuse, pleine de contradictions en plein 19e siècle. Il me semble que, 120 ans après sa mort, chacun de nous investit ce petit bout de femme formidable de toute une mythique personnelle.

Et pour revenir à nos moutons et aux siens – ainsi qu’à ses chevaux, bœufs et autres bisons, Rosa Bonheur m’a intéressée aussi à travers son rapport avec les animaux. Peintre animalière donc, elle privilégie l’animal par dessus le sujet humain dans ses tableaux souvent monumentaux. Vivant entourée d’animaux  à Thomery (plus de 200 animaux de 50 espèces différentes dont des lions et des sangliers, on a du mal à l’imaginer), elle est convaincue que les animaux ont une âme qu’elle cherche à rendre dans sa peinture. Et c’est peut-être là le secret de son succès dans les pays anglo-saxons si on adhère à la thèse défendue par Valérie Chansigaud dans son livre Les Français et la nature, pourquoi si peu d’amour que je vous avais recommandé comme lecture de confinement. Il me semble en tout cas que l’historienne défend ce point de vue : lil existe chez les Anglo-saxons un rapport plus sensible au monde naturel et aux animaux, un intérêt plus vif pour la contemplation plutôt que pour la maitrise et la domination de la nature par l’homme. 

La fascination pour la nature et les animaux vient tôt à Rosa (ou Rosalie comme on l’appelle dans son enfance). A 10 ans, « visitant les berges et les lisières, elle faisait d’énormes bouquets de marguerites et de boutons d’or, ou bien elle s’enfonçait au milieu des taillis, se couchant sur l’herbe, passant des heures entières à écouter le chant des fauvettes, à observer les magnifiques effets du rayon de soleil qui filtre sous les rameaux, ou à contempler, rêveuse, les grands nuages blancs et roses que le couchant sème dans l’azur », écrit lyriquement son amie et biographe. Tout à fait le genre d’enfance dont Richard Louv pleure la disparition ces dernières années…

Avec sa grande amie Nathalie Micas, elle voyage un peu partout en France, elle pour dessiner des études qui alimenteront ses peintures et Nathalie pour consolider sa santé fragile. Un de leurs voyages mémorables les emmène en Angleterre et en Ecosse où Rosa s’immerge pleinement dans la nature locale, est reçue comme une héroïne par les artistes et de riches amateurs d’art, crée une émeute presque digne des Beatles lorsqu’elle visite le marché à bestiaux de Falkirk pour y acheter moutons et bœufs qu’elle ne pourra finalement pas ramener en France pour de mesquines histoires de douanes.

« C’est pour fuir cette obsession constante (quand elle devient célèbre, tout le monde accourt dans son atelier rue d’Assas) autant que pour me rapprocher de la nature, que j’ai pris la résolution de m’en « aller aux oiseaux » comme dit Aristophane, c’est-à-dire de me réfugier dans la solitude et de vivre loin du monde », lit-on encore dans sa biographie.

Je note toujours à la lecture de Rosa Bonheur, sa vie, son œuvre d’Anna Klumpke que l’artiste faisait des promenades journalières dans la forêt aux alentours de Thomery où elle s’installait parfois pour peindre, comme beaucoup d’autres peintres l’ont fait dans cette région. En tout cas, toute mondaine qu’elle pouvait être (l’impératrice Eugénie vient lui remettre « à l’improviste » la légion d’honneur à Thomery avec une invitation au château de Fontainebleau où la peintre déjeunera aux côtés de Napoléon III), Rosa Bonheur a entretenu un lien profond, central à son art, avec la nature et les animaux.

Réduire les déchets au quotidien : une intention plus qu’une injonction

Et sans transition, on passe à un moment d’auto-promotion. A la demande de Caroline Terral, « mon » éditrice chez Hatier avec qui j’avais beaucoup aimé travailler sur un premier livre consacré à la reconnexion des enfants à la nature, j’ai récidivé. Le thème cette fois : donner des pistes aux familles pour adopter des habitudes quotidiennes de réduction des déchets et les inciter à repenser notre consommation qui est trop souvent en mode automatique. Oui, le sujet est dans l’air du temps. Ce livre est court, pratique, issu pour beaucoup de mon expérience familiale et personnelle. J’insiste ici sur ce point : ma frugalité, certes imparfaite car je ne suis pas une sainte, me vient tout droit de mes parents qui sont nés dans les années 1930-1940 dans des familles modestes. Grandir dans une ferme pendant une guerre forge un certain caractère même si on pourrait prendre ensuite plusieurs chemins dans sa vie adulte. En tout cas, je remarque que cette frugalité, née de la nécessité quand ma mère était enfant, revient à la mode. Finalement toujours par nécessité, cette fois plus urgente et globale.

Mon espoir avec ce livre est simplement de susciter une réflexion, loin de la culpabilisation. Signe qui m’a fait plaisir, Caroline a convaincu Hatier de distribuer le livre à ses collaborateurs. Si vous voulez adhérez à la logique anti-gaspi proné par le bouquin, vous devrez dégoter un exemplaire d’occasion, le faire passer parmi vos amis et ensuite le déposer dans une boite de troc de livres. Au minimum !

Pour vous renseigner, voici deux liens utiles.

Une vidéo de présentation (d’après ma copine Nathalie, c’est pas mal, mais je devrais être plus souriante. A vous de juger.)

La page de Hatier pour commander le livre

Réduire les déchets au quotidien : mode d’emploi pour lutter contre le gaspillage, 2020, Hatier.

Sur ce, très bel fin d’été, beaucoup de douceur et de rêverie, de petits et de grands moments dans la nature et le jardin.

5 réflexions au sujet de « Un weekend chez Rosa Bonheur et une vie anti-gaspi »

  1. Ping : Un weekend chez Rosa Bonheur et une vie anti-gaspi — Le bonheur est dans le jardin | Mon site officiel / My official website

      • J’aimerais être aussi optimiste que vous mais dites-vous quand vous voyez les masques jetables joncher les allées d’un jardin public ?

      • C’est désolant en effet. Le tout : avoir besoin de se protéger (et potentiellement voir les autres comme une menace en ce moment), créer tous ces déchets supplémentaires, voir qu’une petite partie des masques finissent par terre effectivement. Je constate cependant que la plupart des gens n’abandonnent pas leurs masques n’importe tout. Donc, je reste optimiste 🙂

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