L’école dehors

La classe dehors

Si vous vous demandez quelles ont été les conséquences psychologiques de la crise sanitaire et des confinements sur les enfants et les adolescents, jetez un œil sur cette revue de la littérature publiée en décembre 2020 qui recense plus de 70 études internationales. Détresse psychologique comme l’inquiétude, l’impuissance et la peur, « collage » aux parents, inattention, irritabilité et comportements obsessionnels, mais aussi peur de la mort d’un proche, troubles du sommeil, manque d’appétit, fatigue, cauchemars, inconfort et agitation et bien d’autres encore. 

« La fermeture des écoles, le manque d’activité en plein air, les habitudes alimentaires et de sommeil aberrantes sont susceptibles de perturber le mode de vie habituel des enfants et peuvent potentiellement favoriser la monotonie, la détresse, l’impatience, la gêne et diverses manifestations psychiatriques », explique la revue de littérature.

L’activité en plein air et le contact avec la nature, certains enseignants les ressentent comme un besoin de leurs élèves maintenant plus que jamais. Et agissent.

« L’école dans la nature, l’école du futur ? » : la question était posée sur France Culture il y a quelques jours. Car à l’occasion du retour en classe le 26 avril 2021, après un troisième confinement, le gouvernement encourageait à faire classe en plein air…Un changement de paradigme qui n’est pas nouveau pour certains enseignants.

En maternelle à Rennes

Dans une maternelle du centre ville de Rennes, Sarah Köhler s’estime très chanceuse d’avoir accès à un grand jardin qui longe les quatre classes de l’école. « Depuis un an, toutes les classes vont dehors. Elles ont toutes deux bacs potagers. On sort la classe dehors en installant tables, bacs à livres et chevalets. On fait classe dans le jardin, on jardine aussi. Je le faisais déjà avant, mais cela s’est systématisé dans l’école », explique l’enseignante, passionnée de jardinage à ses heures.

« Mes élèves sont principalement des petits citadins qui n’ont pas accès à un jardin. Je laisse les enfants explorer. Par exemple, on a planté des cailloux et des bâtons…En octobre, nous avons travaillé avec le fruit de passiflore pour extraire les graines de leur pellicule visqueuse et les mettre au frigo. On les plantera. Est-ce qu’on va réussir ? Ca débute par une envie des enfants et j’apporte des connaissances en leur disant que je me suis renseignée. » Les ressources ne manquent pas autour. Un collègue entomologiste partage des planches sur les insectes. Un autre est une véritable encyclopédie du jardin et a déjà mis en place le tri et le compost que les enfants pratiquent maintenant tout naturellement.

Les objectifs sont multiples. Les enfants acquièrent des connaissances sur le vivant et le jardin sert aussi de support à des travaux (prendre des photos et écrire des textes pour expliquer ce qu’on fait, faire des dessins basés sur l’observation). La maitresse cultive aussi ce sens de l’observation et d’attention à soi et aux autres par d’autres moyens, à travers la méditation et des ateliers philo.

Les bienfaits aussi sont multiples. « Ils développent l’observation et l’attention. Ils mettent les mains dans la terre et c’est concret. C’est excessivement rare qu’un enfant reste en retrait quand on jardine. Il y a une forte adhésion de tous les enfants. Je constate une évolution : ils n’écrasent plus les bêtes, ils n’arrachent pas les plantes, ils ont moins peur. Ils posent des questions », raconte Sarah. « Dans le jardin, on est calme. Le bruit ne se propage pas comme à l’intérieur et le volume baisse d’un ton. Le jardin instaure un climat serein. Le jardin participe à donner envie de venir à l’école. C’est affectif. Ils travaillent mieux. » Les enfants sont ravis, les enseignants et les parents aussi. 

Un potager à l’école, ce n’est pas simple quand vient l’été. « On plante aussi en fin d’année pour que la prochaine classe découvre à la rentrée. Et pour l’arrosage, j’y vais et le centre de loisirs donne aussi un coup de main. »

En primaire en Charente

Dans ce petit village de Charente, Laurence M. et ses collègues jardinent avec leurs élèves de primaire depuis 6 ans. Tout a commencé avec l’aide des Jardins Respectueux, un réseau de jardins pédagogiques partagés impulsé par un parent paysagiste. Quelques bacs, un poulailler, un compost, des bancs, un mini théâtre de verdure et voilà la cour d’école transformée. Les « petits » plantent et récoltent. Des artichauts, des tomates, des aromatiques, des plantes qui soignent. Ils observent. Ils ramassent les œufs. Les poules sont nourries grâce aux épluchures de la cuisine centrale qui dessert la cantine de l’école. Le cercle vertueux est bouclé. 

« Même si les enfants vivent majoritairement dans des maisons, ils n’ont pas nécessairement l’occasion de « farfouiller » dans la terre. Ils découvrent par exemple les osmies, ses abeilles qui ne piquent pas », explique Laurence. « Le jardin change aussi le cadre, les enfants se sentent bien. Ceux qui ne jouent pas au ballon peuvent s’installer au jardin et parler pendant la récréation. Sans cris. » Les enfants participent de A à Z et développent ainsi la confiance en soi. « Avec les Jardins Respectueux, nous avons fabriqué les bacs et les bancs. Ils ont scié eux-mêmes. » On imagine leur fierté.

Dehors, on récite aussi des poésies, on mène des ateliers philo, on fait des présentations orales. En parlant de cercle vertueux, les enseignants ont initié le mouvement de goûters sans déchet et aussi de pique-niques sans déchet lors des sorties. « Nous formons de futurs citoyens », conclut Laurence.

Dès la crèche dans les Ardennes

Il y a quelques semaines, Juliette Cheriki-Nort, art-thérapeute, animatrice d’ateliers d’écriture, de création et d’expression et formatrice, se retrouvait devant le personnel de deux crèches pour une courte formation prometteuse organisée par le CNFPT. « La place de la nature et du plein air dans le développement des enfants », tel était le sujet. Apport théorique, expérimentation d’activités concrètes, échange sur les pratiques déjà en place : autant de graines semées auprès du personnel. Pour s’inspirer, elle conseille ces découvertes, une éco-crèche en France racontée dans Silence ça pousseune garderie dans la nature au Québec ou encore la classe dans la forêt au Danemark. Et elle me fait part d’une conversation avec une étudiante en 3ème année de formation au diplôme d’Éducateur de Jeunes Enfants qui réalise son mémoire de recherche sur la place de la nature et de l’animal dans le développement du jeune enfant. Le sujet est donc bien vivace.

Allez hop, je conclus en vous suggérant mon livre, Le Shinrin-Yoku en famille. Les enseignants peuvent y piocher quelques idées. Et maintenant, tout le monde dehors !

Une réflexion au sujet de « L’école dehors »

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